Une pèlerine agressée sur les chemins de Compostelle ?

Fisterra, le cap

Cap de Fisterra, kilomètre zéro © Fabienne Bodan

Dernière mise à jour : vendredi 23 février 2018

Agressée entre Fisterra et Saint-Jacques-de-Compostelle ?

Samedi 3.02.2018. Dénudée, commotionnée, frigorifiée et terrorisée. C’est ainsi qu’une pèlerine du Vénézuéla âgée de 50 ans a été secourue par les habitants de Val do Nubra. Elle marchait de Fisterra vers Saint-Jacques-de-Compostelle, où elle devait retrouver sa famille. Elle a expliqué avoir été abordée par deux hommes en voiture, 15-20 km après son départ de Fisterra, menacée, battue, poussée de force sur le siège arrière du véhicule.

Deux hommes la forcent à monter dans une voiture

C’est là que le cauchemar a commencé. Selon les déclarations de la sud américaine, un des deux hommes lui a arraché ses vêtements, tandis que l’autre a redémarré le véhicule. Après l’avoir violée (dans une zone proche de Portomouro), ils l’ont abandonnée dans un terrain vague complètement nue. Cherchant de l’aide, la victime a marché dans la campagne jusqu’à trouver une maison à Val do Nubra (58 km plus loin) : une femme l’a accueillie, l’a enroulée dans une couverture, et après avoir entendu son récit, a appelé la Guardia Civil.

Des membres du département Mujer-Menor (Emume) (Femme-Mineur) ont pris en charge la pèlerine. Un médecin a déterminé ses lésions. Les sources officielles ont pour l’heure affirmé qu’il était prématuré de confirmer le viol. Dans son article du 6 février, El Correo Gallego souligne cependant les lacunes du dossier : « La plaignante n’aurait pas passé la nuit dans l’hôtel qu’elle a mentionné à Fisterra, ni dans aucun autre de la zone. En outre, son attitude belliqueuse a entraîné son admission au Complexo Hospitalario Universitario Coruñés » , sur les recommandations d’un psychiatre.

Les points d’interrogation du dossier

Dans son édition du 7.02, le quotidien galicien revient les zones d’ombres du dossier : « Sans écarter aucun des délits, les recherches partent de zéro et essaient de retracer l’emploi du temps de la femme pour vérifier la véracité des faits qu’elle dénonce. Les personnes qui l’ont accueillie ont appelé la Guardia Civil à 4h du matin. Alors que les pèlerins ne souhaitent pas marcher la nuit, et encore moins en ces froides températures hivernales, à quelle heure est-elle partie de Fisterra, et combien de temps aurait-elle été retenue dans la voiture ? ». 

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Les autorités soulignent l’insignifiance du taux de criminalité sur les chemins

Santiago Villanueva, délégué du gouvernement galicien recommande cependant de considérer ce cas avec toute la précaution nécessaire et de laisser la Guardia Civil enquêter. Il a rappelé que « les chemins de Compostelle sont très sûrs et que le taux de criminalité est insignifiant ».

Une quinzaine d’agressions sur les chemins ces dernières années

Le Mundiario s’interroge cependant sur l’existence d’une chronique noire du Camino de Santiago. Après l’assassinat en avril 2015 de la nord-américaine Denise Thiem près d’Astorga (Camino francés), le clergé et les politiques ont réaffirmé la sécurité des routes jacquaires. Et pourtant, selon El Pais, on recense une quinzaine de cas d’agression ces dernières années. La justice espagnole vient d’ailleurs de condamner à 3 ans de prison  un homme d’une trentaine d’années pour avoir agressé deux pèlerines étrangères (Italienne et Française) en mai et juin 2010.

Rappelons que les services de sécurité ont mis en place depuis quelques années un « plan de sécurité du chemin ».

Retournement de situation

Dans son édition du 22 février, la Voz de Galicia explique que la vénézuélienne a reconnu avoir tout inventé. Elle souffre de problèmes psychotiques. Elle n’en était pas à son premier mensonge. En effet, elle avait déjà dénoncé une agression il y a quelques mois à Fatima au Portugal. Les médecins avaient pourtant identifié sur son corps des blessures compatibles avec une possible agression sexuelle. La femme, en effet, est apparue totalement nue. Elle a été vue étendue sur le sol par une nuit particulièrement froide.

L’enquête minutieuse des experts de la Guardia Civil

Elle avait des ecchymoses et des traumatismes. Même si elle paraissait très désorientée, son histoire semblait cohérente. Cependant, les experts de l’équipe spécialisée de la Garde civile dans les crimes contre les femmes et les enfants ont observé certaines contradictions. Ils ont ainsi commencé à penser que la plainte n’était peut-êtrêe pas fondée. Ils ont décrypté les enregistrements de toutes les caméras disponibles entre Fisterra et Val do Dubra. Ils ont enquêté auprès des auberges pour savoir si cette femme y avait séjourné. Lorsque le traitement administré par le département psychiatrie du CHU de La Corogne a fait son effet, la victime présumée s’est stabilisée. Elle a reconnu ne pas être pèlerine. Elle n’a pas subi d’agression.

La morale de l’histoire

La presse doit-elle attendre les résultats d’une investigation avant de publier un article ? C’est un point de vue recevable. Mais lorsque des prédateurs sexuels sévissent dans une zone, ils risquent de récidiver. Communiquer sur un cas présumé d’agression permet de signaler la potentialité d’un risque sur une zone précise. Il s’agit là d’inviter à la prudence les femmes qui doivent s’y aventurer. Les prévenir leur permet de décider de ne pas marcher seules sur cette portion de leur itinéraire. Et mieux vaut, à mon sens, prévenir que guérir. N’en déplaise à ceux qui accusent la presse de sensationalisme. Cela dit, mentir sur un sujet aussi grave engendre fatalement des répercussions sur la confiance accordée aux dénonciations suivantes, même si elles sont avérées. Et dessert automatiquement la protection des femmes.

Investigan una posible violación a una peregrina en el Camino de Santiago, ajoutée le 6.02.2018 par Telemadrid

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Sources :

AVERTISSEMENT

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Copyright Fabienne Bodan & http://pelerinsdecompostelle.com

2 réflexions au sujet de « Une pèlerine agressée sur les chemins de Compostelle ? »

  1. Bonjour
    je repars, accompagnée d’une amie en septembre 2018, sur le Camino frances de st Jacques de Compostelle à st jean Pied de Port, chemin fait en 2003 dans le bon sens.
    Entre temps , le Portugal, l’Allemagne une partie en Forêt Noir, le Puy en Velay,et le dernier Via de la Plata en 2012 le plus long et le plus dur.
    C’est sur celui si que je me suis faite « agresser » façon de parler à l’époque j’ai 54 ans et je suis seul sur le chemin, personne devant ni derrière, un guet à traverser en contrebas du chemin, un ruissellement d’eau boueuse rien de méchant cela se fait en deux grand pas ,un vélo bleu est poser contre une paroi éboulé, je ne vois personne, je positionne mon bâton au centre du guet c’est boueux et je sais d’avance que je vais être crotter, je suis en équilibre toute à mon affaire et à cette instant , un jeune homme me tend la main ,je ne l’ai pas entendu ni vu venir, je prend cela pour une aide il est positionner à mes cotés.
    je pose ma main sur la sienne, un deuxième appui c’est pas si mal….
    Et la il me tire vers lui, ou plutôt ma main et l’entraine vers son pantalon braguette ouverte et bijou de famille exposé …
    Reflex instantané , je le repousse de l’autre main , me retrouve déséquilibré et je lui cri que » una ombrer el Camino » je ne sais pas ce qu’il a compris,le temps que je reprenne mes esprits il n’était plus la.
    Je suis arriver au gite de ce village saine et sauve , mais avant j’ai signaler l’incident à la « gendarmerie » pour moi, j’ai attendu, enfin un uniforme complique quand on ne parle pas la langue , mais il a parfaitement compris ce qui c’était passé.
    Imaginer seulement une femme seule , apeurée , sans reflex ……
    Oui, j’aime faire les chemins de Compostelle et j’espère en faire encore beaucoup
    mais plus seule.
    Penser au danger ne l’empêche pas.. soyons serein et prudentes .

    • Merci Monique pour votre témoignage. C’est pour cela que je suis toutes ces affaires de très près et que j’en parle, même si finalement le cas exposé dans l’article s’est avéré être une affabulation. J’espère que cela ne vous empêchera pas de repartir. Amitiés jacquaires, Fabienne

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