Hôtesse de pèlerins. Allo Véro…bobo !

Après la publication de mes premiers articles sur mon chemin de Compostelle 2012 (Via Podiensis et Camino francés) dans le numéro 148 de la revue Globe-Trotters Magazine de l’association ABM(Aventuriers du bout du monde), j’ai proposé au comité de rédaction de l’association une série de portraits de pèlerins de Compostelle dans le cadre du numéro spécial « Sur les Chemins de… » N°150 de juillet-août 2013. 

Couverture du N°150 de Globe-Trotters Magazine, édité par l'association ABM (Aventures du Bout du Monde). Ce numéro contient 6 pages de ma plume sur les chemins de Compostelle.

Couverture du N°150 de Globe-Trotters Magazine, édité par l’association ABM (Aventures du Bout du Monde). Ce numéro contient 6 pages de ma plume sur les chemins de Compostelle, dont cet article « hôtesse de pèlerins, Allo Véro, bobo ».

Je vous présente aujourd’hui Véronique Pautrel, bien connue dans les groupes Facebook sur les chemins de Compostelle, et des pèlerins qui trouvent en elle une vraie mère poule à la Halte Pèlerine de Lectoure (Note du 15.12.2016 : après 10 ans de bons et loyaux services comme hôtesse de pèlerins, Véronique a pris une retraite bien méritée le 1.12.2016). 

Mai 2004. “Si le chemin t’appelle, vas-y…”. En lisant cette phrase concluant un livre sur les Chemins de Saint Jacques, Véronique ressent à son tour cet appel. Elle fêtera ses 50 ans à l’arrivée de son second camino.

Globe-Trotters Magazine : Tu étais à l’époque commerciale dans l’Ouest de la France pour une multinationale espagnole. Que s’est-il passé après la lecture de cet ouvrage ?

Véronique : Je gérais les grands comptes dans le quart Ouest de la France pour une multinationale espagnole. J’adorais ce que je faisais, j’avais un profond respect pour mes clients, mais je m’enfermais dans un doux ronron très confortable. Je gagnais bien ma vie. Je la dépensais bien, aussi. Mes enfants partaient pour la première fois en vacances avec leurs copains. Je me suis demandée ce que j’allais faire toute seule de tout ce temps qui s’offrait. Alors je suis descendue en voiture, seule, vers l’Espagne. J’ai laissé mon véhicule à Burgos et me suis lancée sur le Camino francés le 20 juillet 2004. Un an plus tard, le 20 juillet 2005, je réitérais, d’Oviedo, sur le Camino primitivo.

Quels souvenirs émus as-tu gardé de tes rencontres ?

Un jour, j’eus le bonheur de m’asseoir au pied d’une éolienne, non clôturée. D’admirer “ses bras” élancés. Et puis, je me suis perdue. J’ai tourné en rond deux heures en pleine chaleur : la gourde vide, hagarde, j’ai rencontré un berger et son troupeau de chèvres. Il m’a fait asseoir à l’ombre, offert un quignon de pain, un morceau de fromage, un verre de vin… et m’a remise dans la bonne direction… Sur le camino Primitivo, l’année suivante, un homme âgé, très handicapé, m’a serrée dans ses bras, me demandant de porter sa prière jusqu’à Santiago. En entrant dans la cathédrale, ma première pensée fut pour lui. J’ai eu le sentiment d’accomplir mon devoir envers lui. J’en ai encore les larmes aux yeux…

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La fin de ton pèlerinage sur le Camino francés ne fut pas sans encombres…

Je souffrais tellement que j’ai du soulager mes chevilles avec des béquilles. A 25 kilomètres de l’arrivée, le médecin m’a dit que le Chemin était fini pour moi. Je lui répondis avec force : “Je serai à Santiago demain, sur les coudes, les genoux, en rampant, mais j’y serai !”. Curieusement, vingt-quatre heures après mon arrivée, je n’avais plus besoin de béquilles pour marcher !

Dans le jardin du gîte de Véronique "La Halte Pèlerine" à Lectoure. ©Pier Luigi Campo

Hôtesse de pèlerins. Dans le jardin du gîte de Véronique « La Halte Pèlerine » à Lectoure.
©Pier Luigi Campo

En quoi cette seconde expérience du Chemin fut-elle décisive ? 

Une phrase scandait ma marche : “Et toi, qu’as tu fait pour toi ?” Si je regardais en arrière, j’avais vécu plus pour mes proches que pour moi-même. A Fisterra, je m’émerveillai face à cet horizon à perte de vue… notre vie, notre avenir, là tout près, là devant… ce que l’on veut en faire et que l’on découvre…Je retrouvais ma terre bretonne. Ce n’était pas la fin du voyage : des fenêtres s’ouvraient mystérieusement sur “un possible”. J’avais “fait” le Chemin, pleuré de fatigue, de questionnements. Et là, je me découvrais des possibilités que le Chemin m’avait accordées. Il ne tenait qu’à moi de changer de vie : j’avais la force mentale et physique pour mener à bien un nouveau projet de vie.

Tu as alors pris une grande décision ?

L’idée me vint de redonner un jour ce que le Chemin m’avait apporté, enseigné. En avril 2006, je suis venue en région Midi Pyrénées, en quête d’un lieu d’accueil à proximité du GR 65. Rien ne me convenait… jusqu’à ce que j’arrive à Lectoure, dans le Gers : une maison près des remparts, un jardin suspendu dominant la Lomagne… C’était Là… La maison venait de me choisir…J’ai quitté travail, amis, famille, vendu l’appartement rennais, investi mes économies dans cette maison pour ouvrir la Halte Pèlerine, gîte et chambres d’hôtes pour pèlerins, fin juillet 2006.

Que t’apporte cette nouvelle vie d’hôtesse de pèlerins ?

J’ai reçu en 7 ans près de 10 000 pèlerins avec un grand bonheur, chaque jour renouvelé. J’ai bien de la chance…d’avoir osé. Les chemins de Saint Jacques m’ont apporté un autre regard sur le Monde… de la compassion…une qualité d’écoute que j’affûte au fil des rencontres… de la disponibilité… J’en vis petitement mais j’ai tellement gagné en qualité de vie…

As-tu quelques histoires de pèlerins accueillis à la Halte Pèlerine à nous raconter?

Oh oui. Par exemple Donal, pèlerin irlandais de 72 ans, magnifique et merveilleux… avec une sciatique fulgurante. Je l’ai gardé huit jours à la maison. Pour finir, j’ai du organiser son rapatriement sanitaire. Nous sommes restés en contact. Il est revenu pour reprendre le Chemin où il l’avait arrêté. Il m’appelle « mon ange du Chemin ». Je pense aussi à Chloé, jeune pèlerine Suisse qui revenait de Santiago. Elle avait dormi quelques nuits à la belle étoile dans de mauvaises conditions météo. Je l’ai gardé quatre jours sous mon aile, le temps qu’elle reprenne des forces et qu’elle puisse s’envoler à nouveau.

Tu es une vraie mère poule pour les pèlerins en somme ?

Moi qui étais très silex dans mon ancienne vie, je me découvre galet, toute en émotion de ces rencontres où chacun à quelque chose à m’apprendre, à m’apporter.. Chacune de ces rencontres est une des petites pierres que je mets dans mon édifice… Si j’avais le choix…. je ne saurais revenir en arrière !

Bisou d'adieu d'un matin pèlerin devant la Halte Pèlerine de Lectoure. © Pier Luigi Campo

Hôtesse de pèlerins. Plus qu’un métier, une vocation. Bisou d’adieu d’un matin pèlerin devant la Halte Pèlerine de Lectoure. © Pier Luigi Campo

Merci à Pier Luigi Campo, compagnon de pèlerinage de Véronique, pour les droits d’utilisation de ses photos. Propos recueillis par Fabienne Bodan (56) 

Note du 8 mars 2017 : Véronique continue à recevoir plusieurs appels de pèlerins par jour pour réserver un lit ou une chambre. Elle a pris sa retraite le 1er décembre 2016 et invite les pèlerins à prendre contact avec les auberges et chambres d’hôtes vers lesquelles elle avait l’habitude de renvoyer les pèlerins quand elle affichait complet.

 Gîtes (en dortoir uniquement) :
Le Presbytère : 05 62 68 83 83
L’Etoile Occitane : 05 62 68 82 93

Gîtes (avec dortoir et chambres d’hôtes) : 
A deux pas : 05 62 28 99 67
Le Boudoir : 06 75 90 32 81

Chambres d’hôtes ou chambres d’hôtes partagées :
Le Clos : 05 62 68 49 58

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