Freddy Mouchard Compostelle le chemin de la vie

Bande annonce du Film de Freddy Mouchard, Compostelle, le chemin de la vie

Freddy Mouchard a suivi pendant 3 ans le parcours de plusieurs pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Deux ans et demi après la sortie du film, il est toujours en salle. À l’occasion de sa diffusion à Saint-Etienne, le réalisateur parle de sa passion pour le documentaire mais aussi la fiction. Il dévoile également à Gilles Charles, de la radio Loire FM, la genèse de son documentaire « Compostelle, le chemin de la vie » : « il y a eu un avant et un après Compostelle dans ma vie de réalisateur, comme c’est le cas pour les pèlerins. J’avais à la fois envie de faire un beau film et de vivre une expérience personnelle».

Amoureux du cinéma dès l’enfance

Freddy Mouchard a toujours souhaité être réalisateur. À l’école, il faisait du théâtre. Plus tard, au lycée, il participe à la création d’une section cinéma qui devient ensuite une section officielle. Après, « on ne fait pas d’école particulière, pour le documentaire ou la fiction. Ça se fait naturellement. Mais il y a un tronc commun à apprendre à raconter des histoires à travers des images qui s’animent ».

Rendez-vous avec Freddy Mouchard, ajoutée le 9.12.2017 par Gilles Charles de Loire FM (Saint-Etienne)

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Du documentaire à la fiction

Gilles Charles : Quand on dit que ça se fait un peu naturellement, est-ce parce c’est l’histoire de la vie ? Parce que l’on fait des rencontres qui nous orientent différemment ? Ou encore est-ce une question d’envie de s’investir plus dans le documentaire que dans la fiction ?
F.M. : J’avais une aspiration à raconter des histoires. Je fais du documentaire. Actuellement, je suis sur un long métrage de fiction. Parfois des histoires se racontent mieux dans un documentaire que dans une fiction. Mais il arrive qu’un genre tende vers l’autre.

Les frontières poreuses entre documentaire et fiction

G.C. : Documentaire, fiction…s’agit-il de deux façons de travailler différentes ?
F.M. : Oui, ce n’est pas la même mise en place. La fiction a tendance à se confronter à un décor, un espace, et le modeler à son image. Le documentariste vient se fondre et se rapprocher au mieux de la réalité qui se pose devant lui.

G.C. : Dans le documentaire, on filme le réel, et dans la fiction, on invente une sorte de réel ?
F.M. : En effet. Il s’agit de deux postures différentes. Mais les frontières peuvent être assez floues, parfois poreuses, parce qu’on peut glisser d’un style à l’autre. On peut créer une fiction à la manière du documentaire. Ce sont des paradigmes qui sont posés au départ.

Premiers tournages au collège

G.C. : Quand avez-vous commencé à tourner pour le public ?
F.M. : Dès le collège. Avec des amis, on a fait des films. En même temps, on jouait des pièces de théâtre, que l’on adaptait ensuite à l’écran.

G.C. : Comment s’adapte-t-on à l’évolution de la technique ? Des photographes ont eu du mal à passer de l’argentique au numérique ?
F.M. : J’ai réalisé mes premiers courts-métrages en Super 16. C’était plus coûteux, compliqué. Pour moi l’arrivée du digital au cinéma fut une révolution. Et je trouve cela très bien. Un film comme Compostelle… n’aurait pas pu être réalisé en 35 mm. Le digital au cinéma a apporté une nouvelle manière de réaliser des films, surtout pour le documentaire, avec plus de légèreté, de souplesse. On a peut-être perdu en cours de route une certaine qualité, une certaine douceur dans l’image. Mais en post-production, on peut aussi retrouver ce grain, grâce aux techniques d’étalonnage. J’étais jeune quand le digital est arrivé au cinéma, et je n’ai donc pas eu de difficultés à l’intégrer. On peut avoir besoin de revenir au 35 mm pour des tournages particuliers, pour des questions de références, d’univers.

Compostelle, le chemin de la vie de Freddy Mouchard

DVD du film de Freddy Mouchard « Compostelle, le chemin de la vie »

Tout a commencé avec la migration des Poitevins vers le Canada

G.C. : Comment est arrivé votre premier film professionnel ?
F.M. : Des films de commande, d’entreprise. Puis très vite, j’ai proposé des sujets à France 3, d’abord en région puis sur le plan national. Mes premiers sujets portaient sur l’histoire de ma région et la migration des Poitevins vers le Canada. J’ai été voir France 3, en leur disant que je m’appuyais sur les travaux d’une association. Le créateur invite le producteur à rentrer dans son monde. Ensuite le réalisateur va densifier son projet, le rendre réel. Après, il faut apprendre à financer. Toute ma vie, j’ai produit mes films. Il faut entrer en contact avec le CNC (Centre National du Cinéma, ndlr), obtenir des subventions régionales. Un projet nécessite plusieurs mois de travail.

Documentaire ou fiction, ce qui compte, c’est l’émotion que dégage le film

G.C. : S’adresse-t-on aux mêmes personnes en documentaire et en fiction ou s’agit-il de deux univers différents ?
F.M. : Le mécanisme est différent. Les diffuseurs ne vous regardent pas de la même manière. La fiction coûte plus cher. Ce n’est pas la même dimension. Il faut aussi convaincre des comédiens. Le documentaire c’est plus rapide à faire, mais parfois plus lourd à titre individuel pour le réalisateur. J’ai été formé pour faire de la fiction (école de cinéma, théâtre) et après je suis passé au documentaire. Même si le documentaire a acquis ses lettres de noblesse, on me demande parfois quand je réaliserai un vrai film. Mais la critique reste la même. Ce qui compte, c’est l’émotion que dégage le film. Dans le monde de la fiction, en fonction des chiffres de la première séance, on décide de la carrière du film. Car le monde du cinéma et de la distribution s’industrialise. Mon documentaire sur Compostelle est un cas particulier. Il est sorti depuis deux ans et demi. Et il est toujours en salle, sans aucune publicité. C’est bien la preuve qu’il faut accompagner un film…

Une vingtaine de documentaires à son actif

G.C. : Combien de films avez-vous réalisé dans votre vie ?
F.M. : J’attaque la troisième fiction. J’ai réalisé une vingtaine de documentaires et…des centaines de films de commande et de publicité. J’ai aussi été directeur de création dans une agence de communication et de publicité. Mais la technologie prendre de plus en plus d’importance, engendrant une forme de désincarnation des sujets.

De l’amour de la nature au documentaire sur Compostelle

G.C. : Pourquoi avoir tourné un documentaire sur Compostelle ?
F.M. : Je suis réalisateur, mais avant tout un marcheur, un pèlerin, un homme qui aime vivre dans la nature. J’ai beaucoup marché, en France et à l’étranger. J’espérais un jour faire un film qui parle des joies que l’on ressent quand on marche dans la nature. Je suis allé un jour marcher sur les chemins de Compostelle. J’ai ressenti un appel, une révélation. J’ai décidé de servir, à ma manière, ce chemin.

G.C. : Nous sommes à Saint-Etienne, non loin du Puy-en-Velay. Est-ce le point de départ?
F.M. : Je pense qu’il n’y a pas de vrai départ, de vrai chemin. Il n’y a que des chemins à construire de manière individuelle. Il ne faut pas oublier qu’au Moyen-Âge, les gens partaient de chez eux. Après, il y avait des grands points de ralliement. Il existe donc 4 voies principales en France, au départ d’Arles, de Paris, du Puy-en-Velay et de Vézelay. D’autres petits chemins se déversent dans ces grandes voies.

Parti sans idées préconçues

G.C. : Pourquoi va-t-on à Compostelle ?
F.M. : Il y eut les grandes époques très religieuses. D’autres périodes où les pèlerins étaient plus alchimistes. Depuis les années 70, on observe un regain d’intérêt très fort.

G.C. : Vous avez suivi le parcours de plusieurs personnes pendant 3 ans ?
F.M. : Je n’ai rien décidé à l’avance. Je suis parti avec ma caméra sur les chemins de Compostelle, la plus légère possible. Je me suis demandé ce que signifiait être « pèlerin de Compostelle ». J’ai essayé de vivre les choses de l’intérieur. Puis viennent des rencontres, des émotions, des anecdotes. J’ai construit ce film à partir de ce qui m’arrivait vraiment. Ça a duré 3 ans et demi, car je travaillais aussi sur d’autres projets. Je n’étais pas sûr de sortir un film au cinéma. S’il n’y avait pas eu la matière, on ne l’aurait pas fait. Cela s’est mis en place naturellement, tout comme les rencontres sur le chemin. La loi des affinités fonctionne. J’ai rencontré des gens qui étaient un peu mes miroirs.

Compostelle, le chemin de la vie, de Freddy Mouchard

Compostelle, le chemin de la vie, de Freddy Mouchard. Capture d’écran du site web du film : https://compostelle-lefilm.com/

Découvrir l’autre en même temps que soi-même

G.C. : Quand on prend le temps de dialoguer avec les personnes que l’on rencontre, est-ce pour se découvrir soi ou l’autre ?
F.M. : On découvre l’autre et en même temps soi-même, parce qu’on se rend compte qu’on est beaucoup plus vaste…que soi-même. On découvre en l’autre des aspects de soi-même. C’est donc sans fin. Donc si on a la posture adéquate, on se rend compte que l’on n’est pas seul, que l’on est relié avec tout, en permanence, au delà de nos congénères, des humains. Pour moi, Compostelle permet de reprendre contact avec la Mère nature, à travers les sens. Marcher plusieurs semaines crée un phénomène intérieur qui s’opère et modifie la perception. Dans nos villes, on est en permanence dans le bitume. Dans certaines villes, on ne sait plus quand il fait jour, quand il fait nuit. Sur les chemins, on réapprend à vivre avec la nature. La rencontre avec les autres et avec soi-même sont également d’autres phénomènes qui s’opèrent.

Religare, du latin, c’est-à-dire relier

G.C. : Et l’aspect religieux ?
F.M. : L’étymologie du mot religion vient de religare en latin, c’est-à-dire relier. Donc ce qui est sensé me relier aux autres, à la nature, au tout. Ce chemin est pour certains religieux, pour d’autres sportifs, pour d’autres une expérience de développement personnel. Il est multiple, ce chemin.

11 minutes du film Compostelle, le chemin de la vie

G.C. : Faut-il un entraînement particulier pour pouvoir marcher tous les jours pendant des semaines ?
F.M. : Ce n’est pas plus mal. Si on ne marche plus depuis longtemps, il faut réapprendre les mécanismes de la marche. Mais cette activité est inscrite dans notre corps. Dépassés ces premiers temps de réadaptation, et si on voyage léger, l’exercice devient naturel.

La gastronomie en résonance avec les terroirs traversés

G.C. : Ne découvre-t-on pas aussi des cultures, de la gastronomie régionale ?
F.M. : Pour moi le plat servi est en résonance avec une terre, un terroir, que l’on a traversé dans la journée. La terre elle-même nous nourrit. On observe d’ailleurs les changements des territoires au fil de la marche. Alors qu’en voiture, on voit surtout les panneaux. Au rythme de la marche, on a le temps d’attendre, d’apprécier…

G.C. : Quelle est l’unité de mesure ?
F.M. : Le nombre d’heures de marche.

G.C. : Est-ce une souffrance physique ?
F.M. : Il faut une petite semaine pour apprendre la vie du chemin. Pour que le corps s’habitue. Dès qu’on dépasse la porte de la souffrance, on entre en résonance avec le chemin, et c’est un vrai bonheur.

Il y a eu un avant et un après Compostelle

G.C. : Ce chemin a-t-il changé des choses dans votre vie ?
F.M. : Dans ma vie, dans ma carrière, il y a eu un avant et un après Compostelle. On apprend à voir le monde autrement. Le pèlerin, en sortant du chemin, ne porte plus le même regard sur le monde : mécanisme de la marche, de l’abandon, de la quête de l’essentiel…Le pèlerin va à l’essentiel. Il a l’essentiel dans son sac. Il va à l’essentiel de la relation. De même le chemin le conduit-il à l’essentiel de sa vie pendant plusieurs mois. Donc forcément, cela change le regard que l’on porte sur la vie. On ne voit plus le monde de la même manière.

Servir l’esprit du chemin

G.C. : Vous sillonnez toute la France avec votre film « Compostelle, le chemin de la vie ». Qu’est ce que vous en retirez ?
F.M. : Quand je me suis approché de Compostelle, j’ai voulu servir l’esprit du chemin. Mais je ne doutais pas que deux ans après la sortie du film, je serais encore en train de sillonner la France à la rencontre du public. Mais j’ai aussi envie de ces rencontres, de donner l’envie, de partager sur un autre plan. Le film est une proposition artistique, une vision. Je me nourris autant que je nourris le public.

Un espace où l’on réapprend à redevenir le héros de sa propre vie

G.C. : Quelles questions reviennent le plus fréquemment ?
F.M. : Elles sont variées. On peut parler plutôt d’un champ de questions, de thématiques. Parfois pour commencer une soirée, on entame la conversation par des aspects corporels, logistiques, pour continuer sur des aspects plus spirituels, des questions par rapport à la vie, à la nature, au rapport aux autres. Je pense que le chemin de Compostelle est un magnifique champ d’expérience, un espace où on réapprend à redevenir le héros de sa propre vie. Il n’y a pas une meilleure aventure que d’autres. C’est un lieu d’échange magnifique.

Se relier les uns aux autres malgré nos différences

G.C. : Avez-vous rencontré des gens dans le monde religieux qui vous ont donné des conseils, avez-vous eu un dialogue sur le plan religieux ?
F.M. : J’ai beaucoup de respect pour cet aspect religieux. C’est une manière de voir les choses, une alliance créée dans un cadre particulier. Ce film est une proposition ouverte, qui parle à beaucoup, au delà de l’aspect religieux qui peut parfois être dogmatique. Pour moi, le mot premier c’est relier, et il faut se relier les uns aux autres malgré nos différences. Il y a un espace réel de reliance au delà des points de vue religieux, politiques et autres. Il existe toujours un espace ailleurs, celui de l’humain, de l’humanité, de la tolérance au dessus de ces points de vue. C’est dans cet espace que je me sens le plus à l’aise.

Le chemin, un rite de passage ?

G.C. : Le voyage vers Compostelle à pied représente-t-il l’ambition d’une vie ?
F.M. : J’ai rencontré des gens de tous âges, de toutes nationalités. Il y a beaucoup d’étrangers. J’ai constaté que le chemin de Compostelle était souvent vécu à des moments clés de la vie. Par exemple à la fin de l’adolescence, comme un rite de passage vers le monde des actifs. Il accompagne de manière douce les passages de la vie. Par exemple, le passage à la retraite est très présent. Mais aussi suite à des moments forts : séparations, décès, changements de vie professionnelle. Ils veulent gérer ces transitions à leur rythme, à celui du chemin. C’est un espace de guérison et de thérapie.

G.C. : Une fois terminé le montage du documentaire, quel était le message que vous souhaitiez transmettre ?
F.M. : J’ai essayé d’être dans la posture du serviteur impersonnel, de rendre compte, et de créer des espaces permettant au spectateur de faire ce chemin, cette réflexion intérieure. Dans un premier temps, c’est être en harmonie avec ce chemin sans trop le teinter de ma personnalité individuelle.

Un serviteur impersonnel du chemin

G.C. : Est-ce difficile de rester objectif, neutre ?
F.M. : Oui, ça peut l’être. C’est une démarche, une posture qu’il faut mettre en place. Puis, la tenir. Rester dans la stabilité de cette posture. J’aime m’incliner devant ce qui est plus beau, plus grand que moi. Quand on s’approche de la nature, d’espaces comme celui-là, on ne peut que s’incliner, que dire : je veux te servir avec ce que je suis, avec mon filtre certes, mais en le rendant le plus clair possible. Quand le film est sorti, j’étais heureux de le partager.

G.C. : Comment va-t-on à la rencontre du public ?
F.M. : Il fallait être attentif à la distribution. J’ai pris contact avec des distributeurs et je me suis rendu compte que leurs enjeux n’étaient pas compatibles avec les miens. Donc j’ai pris mon bâton de pèlerin, et j’ai distribué moi-même le film. Je me suis allié à des distributeurs qui ont bien compris l’esprit du film.

De Compostelle à la réconciliation dans les pas des Cathares

G.C. : Vous venez de terminer une fiction ?
F.M. : Je n’en parlerai pas beaucoup, car il faut garder un peu de mystère. Il s’appelle « Réconciliation dans les pas des Cathares ». Les Cathares cherchaient l’impersonnalité. Donc il n’y a pas d’acteur vedette. Le chemin de Compostelle nous amène à l’humilité. Il n’y a pas de recette. Chaque film a son propre mode de fabrication. On pourra le voir en 2018.

G.C. : Quels mots peut-on utiliser pour inciter les gens à regarder votre film et partir vers Compostelle ?
F.M. : Rappeler que la vie est un magnifique champ d’expériences, qu’il faut s’ouvrir, être disponible. Si on veut entrer dans un espace de réflexion, le film en est un. On a créé une bande originale pour le film, pour accompagner ce parcours, cette démarche intérieure.

Rencontre avec Freddy Mouchard, réalisateur du film (27.03.2014)

AVERTISSEMENT

Cet article est un et indivisible. Vous êtes invités à le partager dans son intégralité à condition d’en citer la source (site http://pelerinsdecompostelle.com). En aucun cas, vous n’êtes autorisés à en extirper des extraits et à les publier sans en citer la source.

Copyright Fabienne Bodan & http://pelerinsdecompostelle.com

2 réflexions au sujet de « Freddy Mouchard Compostelle le chemin de la vie »

    • Bonjour. Merci de vous rendre sur le site du film dont le lien est mentionné dans l’article. Pèlerins de Compostelle est un site d’information généraliste sur les chemins de Compostelle et autres chemins de pèlerinage. Amitiés jacquaires, Fabienne

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