De voyageuse à pèlerine de Compostelle

Le premier panneau de la Via Podiensis, près de la place du marché, au Puy-en-Velay © Fabienne Bodan

Le premier panneau de la Via Podiensis, près de la place du marché, au Puy-en-Velay
© Fabienne Bodan

De voyageuse à pèlerine de Compostelle : la genèse d’un déclic

Grande voyageuse devant l’éternel, photographe passionnée, apprentie vidéaste et pratiquant avec délectation toutes les formes de communication de l’écrit au multimédia, une petite voix me susurrait à l’oreille depuis une dizaine d’années de cheminer vers Saint Jacques de Compostelle. ll est vrai que ma vie avait été complètement chamboulée par ce que d’aucuns désignent à voix basse et arborant la mine terne et larmoyante de circonstance comme une longue maladie dans les chroniques funéraires. Le paradis et l’enfer m’avaient reléguée au rang des exclus, Saint-Pierre me renvoyant manu militari à ma mission de vie terrestre. Il m’avait secouée comme les pommiers de l’Eden dont il était le gardien pour me faire assimiler que je m’étais quelque peu égarée en chemin.

De voyageuse à pèlerine de Compostelle : la force d’une petite voix

Adepte des travaux pratiques et de l’expérimentation permanente, et parfois humiliante pour un ego peu enclin à recevoir des ordres d’une conscience supérieure, le chef du paradis m’enjoignit de régler mon canal de fréquences et de décoder celle de Radio Céleste. Du moins d’identifier les ondes radio personnelles et bienveillantes sur lesquelles émettait mon être intérieur, mon âme, ma conscience supérieure, ma petite voix. En un mot, de cette intelligence invisible qui s’époumone à chaque instant afin de nous livrer ses suggestions, réflexions, explications, indications, recommandations. Cette petite voix qui dépose subrepticement intuitions et réponses que l’on jugera évidentes, quoique souvent tardives par incapacité à décrypter le dialecte de notre maître intérieur.

Monseigneur Brincard parle d'Humanité et de fraternité aux apprentis pèlerins. Cathédrale Notre-Dame-du-Puy, Le Puy-en-Velay © Fabienne Bodan

Monseigneur Brincard parle d’Humanité et de fraternité aux apprentis pèlerins. Cathédrale Notre-Dame-du-Puy, Le Puy-en-Velay
© Fabienne Bodan

De voyageuse à pèlerine de Compostelle : les larmes des premiers instants

Le 5 mai 2012, à 7 heures du matin, je recevais, avec une centaine de mes coreligionnaires compostellans, la bénédiction octroyée aux pèlerins par feu Monseigneur Brincard, évêque du Puy-en-Velay de 1988 à 2014, et chargé de la coordination pastorale sur les chemins de Saint-Jacques en France et en Espagne. Aux antipodes des grenouilles de bénitier, j’écoutais, émue aux larmes, le représentant de l’église catholique dispenser des conseils de solidarité et de fraternité à l’assemblée hétéroclite de futurs pèlerins. Son discours ne transpirait pas les dogmes de la religion qui l’animait. Il nous entretint d’Humanité, avec un grand H, celle dont les moutons dociles, droits dans leurs bottes et déconnectés de leur âme que nous devenons peu à peu, finissent par oublier la noblesse et la sagesse. Nous étions français, brésiliens, belges, américains, coréens, espagnols, italiens, canadiens, argentins, allemands, hongrois, danois, catholiques, protestants, musulmans, bouddhistes, athées, agnostiques, juifs, ingénieurs, pharmaciens, médecins, enseignants, ouvriers, agriculteurs, sans emploi, étudiants. Qu’importait. A cet instant nous devenions tous des frères et des soeurs du Camino, et unissions nos pas vers un seul but : atteindre le plus sauf possible l’ultime destination. Ultréia. Saint-Jacques nous appelait.

Statue de Saint Jacques, cathédrale du Puy-en-Velay. L'évêque nous a remis une médaille bénie de Notre-Dame-du-Puy et demandé de choisir un petit papier écrit par un des visiteurs de la cathédrale. Sur mon petit morceau de papier jaune citron, qui m'accompagnera jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle, je lis : "pour Jean-Baptiste, adolescent très difficile". © Fabienne Bodan

Statue de Saint Jacques, cathédrale du Puy-en-Velay. L’évêque nous a remis une médaille bénie de Notre-Dame-du-Puy et demandé de choisir un petit papier écrit par un des visiteurs de la cathédrale. Sur mon petit morceau de papier jaune citron, qui m’accompagnera jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, je lis : « pour Jean-Baptiste, adolescent très difficile ».
© Fabienne Bodan

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De voyageuse à pèlerine de Compostelle : 50 ans au Cebreiro

Pétrie de doutes quant à ma capacité physique à atteindre la dernière demeure de l’apôtre, je fus la dernière à faire tamponner ma crédenciale à la sacristie de la cathédrale Notre Dame du Puy. La dernière ? Pas tout à fait. Je fis alors la connaissance de Marie, tout aussi circonspecte que moi quant au succès de son aventure. La Lilloise devint ma première amie du chemin. De mes chemins. J’atteignis la galicienne Santiago de Compostela le 22 octobre 2012, quelques jours après avoir fêté mes 50 ans au sommet du mythique Cebreiro, et après quatre tronçons de pérégrinations entrecoupés de séjours express dans ma Bretagne de coeur et d’esprit. Je n’en restai pas là, me lançant le 20 avril 2013 sur la voie portugaise, de Lisbonne à Santiago. Compostelle du Sud au Nord, après une première expérience d’Est en Ouest. Je m’interrogeais en cheminant sur la Via Podiensis sur ces pèlerins valeureux et téméraires qui repartaient encore et encore sur les voies compostellanes. Eux ne semblaient jamais rassasiés, tandis que j’implorais l’univers de me créditer de la force de terminer un chemin que je pensais unique. Je ne m’étonne plus de rien. Saint-Jacques s’est associé à Saint-Pierre et Saint-Roch, patron des pèlerins et protecteurs des animaux, pour m’enrôler dans le bataillon des pèlerins insatiables.

De voyageuse à pèlerine de Compostelle : et l’on repart sans savoir pourquoi

Je suis loin d’avoir percé tous les mystères des voies compostellanes. Prochaine pérégrination : la Via de la Plata. Arrivée à Saint Jacques le samedi de la Pentecôte 2013, je repars de Séville le samedi de Pâques 2015. Lorsque l’on écoute sa voix intérieure, le coeur a ses raisons que la raison ignore…jusqu’au choix des dates. Je ne sais quelles surprises me réservent les farfadets de Radio Céleste sur ce troisième camino, mais je sens d’ores-et-déjà qu’elles se révèleront, comme toutes les précédentes, sublimes et savoureuses.

1511, 1521 voire 1698...les trois premiers panneaux indiquent des distances un peu fantaisistes. Mais qu'importe une centaine de kilomètres supplémentaires au bout d'un si long chemin ? © Fabienne Bodan

1511, 1521 voire 1698…les trois premiers panneaux indiquent des distances un peu fantaisistes. Mais qu’importe une centaine de kilomètres supplémentaires au bout d’un si long chemin ?
© Fabienne Bodan

7 réflexions au sujet de « De voyageuse à pèlerine de Compostelle »

  1. Bonjour Fabienne,
    Je collectionne, moi aussi. Chaque nouvelle année nous émet un appel du chemin. Mais, nous, on doit traverser l’Atlantique. Ce qu’on fera encore cette année en enlignant trois caminos: le chemin de Madrid (Madrid -Sahagun), le camino San Salvador (Leon-Oviedo) le Del Norte (de Gijon à Santiago). Pour celui de Madrid, nous mettrons nos pas dans les tiens. Sur les deux autres, tu seras dans nos pensées à moins que tu nous accompagnes…
    À bientôt, une complice du chemin, Rachel

    • Bonjour Rachel. Je réponds dès que possible à tes mails. Bons préparatifs de ces futurs chemins. Cela nous rappellera de très bons souvenirs 🙂 Je vous embrasse tous les deux, Fabienne

  2. Bonjour Fabienne! Sympathique récit! Oui le Chemin devient une véritable addiction
    Je prévois de partir début avril sur la Via de la Plata. Il me plairait de recueillir votre témoignage. Mes récits sont dans le dossier Compostelle de la rubrique tourisme de mon site habiter-autrement.org. Je vais essayer d’ici de mettre au point une sorte de béquille à roulette pour alléger le sac un peu comme ce que j’ai trouvé sur le Net mais sans les détails: http://www.youtube.com/watch?v=UuTBqUy-Gxw
    suggestions sont les bienvenues
    Roland

  3. bonjour Fabienne,

    merci pour ce site, merci pour ce que vous faîtes, merci pour vos récits, ça nous fait du bien.
    Je suis parti l’année dernière près de Strasbourg de notre maison, pour un petit tronçon de 6 jours à titre d’essai jusqu’au sud de Colmar. Cette année, j’ai continué de ce point jusque dans le Jura pendant 10 jours. Il me reste presque 2000 kilomètres mais c’est avant tout un pélerinage intérieur et je me donne le temps car je travaille et j’ai une famille avec qui je pars quand même en vacances. J’en profite pour saluer tous les lecteurs de votre site Fabienne, je me sens partie d’une communauté des pélerins de Saint Jacques de Compostelle. Soyez tous bénis.
    Rémy, Alsace

    • Merci beaucoup Rémy pour vos encouragements. Je fais partie de ceux qui considèrent que le chemin de chacun est différent, et que chacun fait comme il peut et comme il veut. Certains marchent quelques jours, quelques semaines, d’autres plusieurs mois consécutifs. Je crois que le chemin (celui de Compostelle et les autres) distille en nous son souffle de vie et de paix intérieure. C’est l’essentiel. Bienvenue parmi les lecteurs de Pèlerins de Compostelle. Amitiés jacquaires, Fabienne

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