Le pèlerinage comme châtiment du Moyen-Âge à la Révolution Française

La revue de presse de la semaine 10 (2016) était si riche que j’ai préféré en extraire cet article que j’ai traduit dans sa quasi-intégralité.

Images gratuites sur Pixabay. Licence Creative Commons CC0.

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12.3.2016
La peregrinación forzosa a Santiago de Compostela fue un castigo penal en el pasado
Le pèlerinage forcé vers Saint-Jacques de Compostelle fut l’un des châtiments prononcés par les tribunaux religieux comme civils du Moyen-Âge à la Révolution Française. Le droit canonique médiéval, dans « les réglementations pénitentielles » commença à utiliser les pèlerinages comme méthode de châtiment de certains délits commis par les ecclésiastiques ou les laïcs. La distance et la durée du pèlerinage étaient fonction de la nature du délit. Un évêque auteur d’un homicide pouvait être condamné à un pèlerinage à vie. Un ecclésiastique pouvait être condamné à un pèlerinage pour une durée déterminée s’il avait tué, intentionnellement ou animé par la haine. Le même sort était réservé aux prêtres qui violaient le secret de la confession ou dérobaient des objets sacrés. On imposait le pèlerinage aux laïcs qui avaient volé de l’argent à l’église, commis des délits à l’encontre de leurs proches, s’ils avaient « forniqué » (l’article ne dit pas avec qui, NDLR), et ceux coupables d’adultère.
Il y avait en outre des circonstances aggravantes à ces délits. Dans ce cas, on obligeait les « pèlerins malgré eux » à porter des chaînes, jusqu’à ce que l’usure ou… un miracle les en libèrent, ou encore, pour les hommes, à cheminer nus. Les femmes, quant à elles, devaient porter un vêtement blanc ou un costume de pénitente.
Avant le XIIIe siècle, les pouvoirs séculiers des Pays-Bas, de France et d’Allemagne, empruntèrent au droit canonique la peine de pèlerinage forcé ou obligé. Son application fut très variable, selon les conduites à sanctionner. Celles-ci allaient de l’homicide aux lésions et blessures d’une certaine gravité infligées dans des lieux saints, en passant par l’enlèvement d’une femme, certains délits contre une propriété, le non-paiement d’un salaire, des loyers dus à la ville, des injures, l’adultère, brandir une arme tranchante contre autrui jusqu’à des infractions à des ordonnances municipales. Les juges corrompus se voyaient aussi imposer le pèlerinage forcé. En particulier à ceux qui en profitaient pour se porter acquéreur des biens ou crédits objets du litige.
Les pouvoirs publics appliquèrent également la peine de pèlerinage collectif à des familles, communautés agitées (menaçant l’ordre public, NDLR), ou aux peuples rebelles après la signature d’un traité de paix avec le Roi : une manière ingénieuse de les éloigner pendant un certain temps du territoire.
Saint-Jacques de Compostelle n’était pas la seule destination de ces pèlerinages forcés. Le catalogue contenait également Rome, Jérusalem, Canterbury (Angleterre), Cologne (Allemagne), Chypre, Notre Dame de Vauvert, Rocamadour, Boulogne-sur-Mer… Ainsi, le pape Clément V obligea Guillaume de Nogaret, professeur de droit à Montpellier, conseiller du Royaume de France, juge à Beaucaire, à pérégriner vers Notre-Dame de Vauvert, Notre-Dame de Rocamadour, Notre-Dame de Puy-en-Velay, Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, Notre-Dame de Chartres, Saint-Gilles en Provence, Saint-Pierre de Montmajour et Saint-Jacques de Compostelle. Ce fut la condition pour lever l’excommunication que lui valut un article écrit dans le cadre du conflit qui l’opposait au Roi de France et de Navarre, Philippe IV dit le Bel.
Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les pèlerinages forcés n’appartiennent pas seulement au passé. La Belgique applique toujours ce type de peine. Dans le cadre d’un projet dénommé Oykoten, des jeunes condamnés pour délits mineurs peuvent ainsi éviter d’aller la prison, ou accéder à la rédemption définitive de leurs peines en cheminant jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle. Rien de tel pour favoriser la réflexion qu’une bonne marche de 1777 kilomètres ! Une expérience qui transforme tout un chacun…
http://confilegal.com/20160312-la-peregrinacion-forzosa-santiago-compostela-fue-castigo-pasado/
Article en espagnol

Images gratuites sur Pixabay. Licence Creative Commons CC0.

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Revue de Presse 2016 Copyright Fabienne Bodan http://pelerinsdecompostelle.com

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2 réflexions au sujet de « Le pèlerinage comme châtiment du Moyen-Âge à la Révolution Française »

  1. Bonbjour, il y a plusieurs publications en français par des historiens sur cet aspect du pèlerinage pénitencier. Et même sur le détournement du pèlerinage afin d’échapper à l’inquisition.

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